Qigong des six sons curatifs (Liu Zi Jue 六紫决) en médecine chinoise

Table des matières

Qi Gong Six Sons Curatifs

J’ai rédigé ce mémoire de fin d’études dans le cadre de ma formation en Acupression / Qigong Tuina.
Pour en savoir plus sur cette formation :

Préambule :

Depuis des millénaires, les êtres humains sont profondément sensibles aux sons, aux mélodies, et à la musique. Ces vibrations sonores transcendent les barrières linguistiques, touchant directement notre être intérieur, et influençant notre bien-être physique et émotionnel. Grâce à mes formations et aux différents enseignements que j’ai pu avoir sur le Qi Gong des Six Sons, je vous propose d’explorer comment cette pratique ancestrale utilise les sons pour harmoniser le corps et l’esprit.

Le Qi Gong des Six Sons, ou “Liu Zi Jue”, est une méthode traditionnelle chinoise qui associe des postures spécifiques à l’émission de sons particuliers. Chaque son est conçu pour résonner avec un organe interne spécifique, favorisant ainsi la circulation harmonieuse de l’énergie vitale, ou “Qi”, dans tout le corps. Cette approche holistique vise à prévenir les maladies, à renforcer la vitalité et à équilibrer les émotions (voir mon précédent mémoire sur cette thématique : https://kendreka.com/emotions-medecine-chinoise-mtc/).

Ce travail s’appuie sur le recueil des différents enseignements, particulièrement celui de Maître Zhang Ming Liang, et celui d’Amaël Ferrando (praticien, formateur en Qigong Tuina et fondateur de l’École du Qigong Tuina). Leurs ouvrages et formations offrent une compréhension nuancée du rôle thérapeutique des sons dans le Qi Gong, mettant en évidence leur capacité à rééquilibrer le potentiel énergétique, et à harmoniser les émotions.

Ce mémoire vise surtout à synthétiser mes connaissances, en proposant une analyse du Qi Gong des Six Sons. Il abordera les fondements théoriques de cette pratique, ses applications thérapeutiques. Cette approche propose une perspective enrichissante sur l’art d’utiliser les sons pour cultiver la santé et l’harmonie intérieure.

Pour la pratique des mouvements associés aux différents sons, je vous propose de vous référer au livre : Le Qi Gong pour la santé – Liu Zi Jue – il décrit en détail chaque posture. De plus, en fin de mémoire, vous trouverez un liens vers une vidéo proposant l’enchaînement complet permettant ainsi une meilleure compréhension et une application pratique de cette méthode.

I – Introduction :

En Médecine Traditionnelle Chinoise (MTC) et dans la pratique du Qi Gong, le système des cinq organes constitue l’élément central, la base, le noyau. Il est également appelé la théorie des Zang Fu, qui comprend :

• Les cinq Zang (脏) – organes pleins (auxquels s’ajoute le Xin Bao (心胞), ou enveloppe du cœur).

• Les six Fu (腑) – entrailles creuses.

La MTC cherche à simplifier, et à organiser la complexité du corps humain, en définissant cinq grands systèmes, appelés les cinq organes. Chaque partie du corps peut ainsi être associée à l’un de ces systèmes, et est rattachée à un organe spécifique.

Il est essentiel de ne pas confondre ces cinq organes en MTC et en Qi Gong, avec les organes physiques au sens occidental du terme. C’est pourquoi, pour approfondir ses connaissances en MTC, ou en Qi Gong, il est indispensable de maîtriser tout ce qui concerne ces cinq organes, et leurs interactions avec les viscères.

Pour commencer, il est important d’explorer cette connaissance des cinq organes sous l’angle du Qi Gong et des pratiques associées, telles que :

  • Daoyin (导引) – exercices de guidage de l’énergie et du souffle.
  • Yangsheng (养生) – art de nourrir la vie et de préserver la santé grâce à des méthodes respectant les lois naturelles.
  • Liao Fa (疗法) – méthodes thérapeutiques permettant de rétablir un équilibre perdu, et de retrouver la santé lorsque l’on s’est éloigné du fonctionnement naturel du corps, allant ainsi vers la maladie.

Le Yangsheng et le Liao Fa sont complémentaires :

  1. Le Yangsheng (养生) regroupe l’ensemble des pratiques visant à maintenir un état de bonne santé et d’équilibre. Il inclut l’alimentation, le sommeil, la régulation des émotions, les massages, etc. Il s’adresse à la majorité des personnes, car même en bonne santé, nous subissons tous des déséquilibres liés au stress, à l’anxiété, à une mauvaise alimentation ou à un manque de sommeil.
  2. Le Liao Fa (疗法) désigne les techniques thérapeutiques destinées aux personnes ayant perdu leur équilibre de santé, sans forcément être atteintes de pathologies graves.

La frontière entre ces deux approches est mince. Toutes deux incluent des exercices de Daoyin : l’une vise le maintien de la santé (Yangsheng Daoyin), tandis que l’autre a une visée thérapeutique (Daoyin Liao Fa). Comme le Yin et le Yang, elles sont indissociables tout en conservant leurs spécificités.

Parmi les méthodes thérapeutiques, le Liu Zi Jue est particulièrement représentatif des Liao Fa (疗法). Il constitue l’une des pratiques les plus efficaces pour agir sur les cinq organes.

II – Que veut dire Liu Zi Jue 六紫决  :

LIU (le chiffre 6) – ZI (son) et le dernier caractère JUE (qui veut dire quelque chose d’important, crucial).

Voici les 6 sons :

  • XU  嘘 (prononcé chu)
  • HE 呵 (prononcé re)
  • HU 呼 (prononcé rou)
  • SI 嘶(prononcé se)
  • CHUI 吹 (prononcé tchoué)
  • XI   嘻 (prononcé chi)

Avant le début du XXe siècle, la langue chinoise ne disposait que des caractères; il n’existait aucune transcription phonétique en lettres latines. S’est en s’appuyant sur ces lettres que le pinyin a été créé au début du XXe siècle.

Normalement, chaque caractère porte un sens, et peut être prononcé de plusieurs façons. Il est donc complexe d’attribuer un son précis à un caractère. C’est pourquoi, dans l’écriture de certains caractères, les anciens Chinois ont ajouté la clé de la bouche (le petit carré à gauche de chaque caractère) qui indique qu’il s’agit d’un son à prononcer.

Cela explique aussi pourquoi il est difficile d’apprendre la méthode des six sons uniquement à partir d’un livre. Sans transmission directe par un professeur, il est impossible de reproduire correctement les sons. Par exemple, un locuteur chinois, en voyant le caractère, le prononcera généralement de manière brève. Or, grâce à la transmission de maître à disciple, on sait que ces sons doivent être graves et prolongés sur une certaine durée. L’ajout de la clé de la bouche devant certains caractères sert justement d’indication : il ne s’agit pas d’un caractère ordinaire porteur de sens, mais d’un son à prononcer.

Toutefois, il ne s’agit pas ici de prononcer des sons proprement chinois, mais des sons que tout corps humain peut produire.

Pour apprendre cette méthode, la simple lecture des six sons en lettres latines ne suffit pas. La position de la bouche et de la langue, ainsi que la respiration, sont primordiales pour leur bonne exécution.

Les caractères chinois possèdent trois caractéristiques : l’aspect, le sens et le son. Cependant, ils sont moins précis que le pinyin pour indiquer et décrire les sons. C’est pourquoi on utilise les lettres de l’alphabet latin pour être plus précis sur la prononciation. Néanmoins, il est essentiel d’apprendre les caractères chinois pour maîtriser la langue, car de nombreux caractères ont une prononciation identique.

III – Le Yǎngxìng yánmìng lù 養性延命錄 (Premier écrit sur les Liu Zi Jue ) :

Le Yǎngxìng yánmìng lù (養性延命錄), rédigé par Tao Hongjing (456-536), est un traité fondamental sur l’entretien du principe vital et de la prolongation de la vie. Il constitue l’un des textes les plus anciens à mentionner la méthode des six sons (LIU ZI JUE), offrant une description complète de cette technique de respiration thérapeutique. Tao Hongjing, maître chinois reconnu dans les domaines du Qi Gong et de la médecine, a vécu sous les dynasties du Nord et du Sud (420-589).

Yǎngxìng yánmìng lù, se traduit par « Traité pour nourrir la vie et prolonger la vitalité ». Les caractères Xing et Ming peuvent être interprétés comme désignant la vie. Xing renvoie à l’esprit, et Ming au corps, soulignant ainsi la double dimension de l’existence selon la tradition chinoise. Yang signifie « nourrir », indiquant la nécessité de cultiver un esprit sain, tandis que Yanming exprime l’idée d’allonger la vie corporelle en maintenant la santé. Le dernier caractère, Lù, signifie « notes », précisant que ce traité est un recueil de savoirs issus de textes plus anciens. Tao Hongjing a ainsi préservé et organisé des écrits disparus, leur donnant une nouvelle structure dans sa propre pensée.

Ce traité est divisé en six grandes parties, organisées selon un ordre logique et hiérarchisé, allant des principes fondamentaux aux techniques thérapeutiques plus avancées.

1. Le premier chapitre  présente les enseignements du passé sur ce qu’il faut faire, et éviter, pour préserver la santé. Il s’agit d’un ensemble de recommandations fondamentales sur l’hygiène de vie, la relation au corps et à l’esprit, et les règles de conduite permettant de maintenir un bon équilibre énergétique.

2. Le 2ème chapitre aborde la diététique. L’importance de l’alimentation est soulignée en la plaçant en deuxième position. Ce chapitre détaille les aliments à privilégier et ceux à éviter, en fonction de leurs effets sur le Qi et le bien-être général. Il met en avant l’idée que la santé passe d’abord par une alimentation adaptée, rejoignant les principes de la médecine traditionnelle chinoise selon lesquels les déséquilibres du corps peuvent être corrigés par un bon régime alimentaire.

3. Le 3ème chapitre décrit les pratiques bénéfiques et nuisibles dans la vie quotidienne. Elle traite notamment des comportements à adopter ou à proscrire dans la maison, et dans les activités journalières. Ce chapitre insiste sur la nécessité d’une bonne hygiène de vie, et fournit des recommandations sur l’organisation de l’environnement domestique pour favoriser la santé.

4. Le 4ème chapitre introduit les méthodes de respiration connues sous le nom de Tu Na (expulsion et absorption du souffle). Ces techniques, considérées comme des moyens efficaces de réguler le Qi, et de traiter certains déséquilibres, incluent la méthode des six sons (LIU ZI JUE). Cette dernière est décrite en détail, expliquant comment chaque son agit sur un organe spécifique. Tao Hongjing expose ici la plus ancienne description complète de cette pratique, qui reste une référence dans le domaine du Qi Gong thérapeutique.

5. 5ème chapitre : Le Daoyin (导引) et le massage An Mo (按摩) – Ce chapitre explore les pratiques corporelles destinées à maintenir l’équilibre énergétique du corps. Le Daoyin, une forme ancienne de Qi Gong, est présenté comme un « massage interne » que l’on applique à soi-même à travers des exercices de flexion, d’extension, et de respiration. Le massage An Mo, quant à lui, est pratiqué par un thérapeute, et agit sur le même principe. Ces deux méthodes sont étroitement liées, comme l’indique leur association dans les anciens textes médicaux chinois, notamment dans le Classique de l’empereur jaune.

Cette section évoque également le Jeu des Cinq Animaux (WU QIN XI, 五禽戏), une technique créée par Hua Tuo sous la dynastie Han. Bien que Hua Tuo n’ait pas laissé d’écrits, ses méthodes ont été préservées à travers des illustrations retrouvées plus tard. Le texte détaille aussi des auto-massages du visage, des exercices de la langue et des techniques de percussion corporelle.

6. Le 6 ème chapitre  aborde la place de la sexualité dans la préservation de la santé. La médecine traditionnelle chinoise considère la reproduction comme un aspect fondamental du bien-être, et ce chapitre donne des conseils sur les pratiques bénéfiques, et les comportements à éviter.

L’ouvrage suit une logique de prévention. Les trois premiers chapitres exposent les bases d’une bonne santé : des principes fondamentaux, une alimentation équilibrée, et un mode de vie sain. Si ces recommandations sont appliquées correctement, les techniques thérapeutiques des chapitres suivants (respiration, Daoyin, massage) deviennent moins nécessaires.

Le chapitre sur la respiration est positionné avant celui sur le Daoyin et le massage, indiquant son rôle fondamental dans la régulation du corps. L’expulsion, et l’absorption du souffle (Tu Na) sont considérées comme des pratiques plus directes et efficaces que les exercices corporels. Cependant, la progression logique veut que l’on commence par le mouvement, plus facile à maîtriser, avant d’approfondir la respiration consciente.

Ce texte constitue ainsi une référence majeure dans la tradition du Qi Gong et de la médecine chinoise, dont les enseignements restent pertinents aujourd’hui.

IV – Comment fonctionne la méthode thérapeutique – Liao Fa 疗法 des 6 sons :

Dans les écrits anciens, cette technique, le LIU ZI JUE, était aussi appelée LIU ZI QI ou LIU ZI QI JUE. On comprend donc que le cœur de cette méthode est lié au son, et au souffle. La caractéristique de cette méthode réside dans le travail du Qi/du souffle, d’où l’importance, lorsque l’on pratique cette technique, de ne pas se concentrer uniquement sur le mouvement, le son ou le travail de l’intention. Les trois dimensions doivent être prises en compte pour travailler le Qi/le souffle.

Quelles sont les causes concrètes d’un problème de Qi qui génère une maladie ? Il y a deux grandes catégories :

1. Le Qi qui stagne (气滞 Qi zhì – stagnation du Qi)

2. Le Qi faible (气虚 Qi xū – vide de Qi)

Ce sont deux grandes catégories de déséquilibre du Qi qui vont générer des pathologies et des problèmes de santé.

Il existe deux méthodes pour contrer ces deux problèmes :

1. Pour la stagnation du Qi (气滞 Qi zhì), la méthode est TONG (通), qui signifie ouvrir, circuler – faire circuler pour éviter le blocage, et la stagnation du Qi dans le corps.

2. Pour un vide de Qi (气虚 Qi xū – un manque de Qi), la méthode est LIAN (敛), qui signifie rassembler, réunir, concentrer tout en un seul endroit – on utilise aussi le terme “tonifier”.

Dans les méthodes de méditation, il existe la méditation taoïste 周天搬运法 (Zhōu tiān bān yùn fǎ), méthode du déplacement de la circulation du cercle céleste, qui appartient à la voie de l’alchimie interne. Elle est utilisée dans le premier cas, TONG (stagnation du Qi).

Dans le second cas, où il s’agit plutôt d’un problème de vide de Qi, on utilise la méthode de méditation du « retour à l’un » (清静 Gui Yī – Qīng jìng), qui est spécifiquement adaptée.

Pourquoi utiliser la méthode des 6 sons ? Parce que c’est une méthode particulièrement représentative du travail sur le Qi. En effet, en travaillant sur le Qi, on régule notre état énergétique intérieur, ce qui permet de résoudre les 100 maladies (Traîté  de l’Empereur Jaune).

V – Le travail du Qi – Qi Gong 氣功 : 

En général, il y a trois étapes :

  1. Hūxī (呼吸) – la respiration naturelle, que nous pratiquons à chaque instant de notre vie, même si elle est inconsciente.
  2. Tǔnà (吐纳) – la respiration consciente, avec un objectif précis, et une application concrète. Elle peut viser, par exemple, à accélérer, renforcer, mettre en mouvement, ou ralentir le souffle. La méthode des 6 sons LIU ZI JUE fait partie de ce deuxième type de travail du Qi.
  3. Dernière étape du travail du Qi, Xíng Qì (行气), qui signifie faire circuler le Qi. Ce n’est pas le Qi du souffle (comme dans les deux premiers types), mais le Qi véritable, traduit en français par l’énergie. À ce stade, on peut utiliser la méthode du « déplacement de la circulation céleste » ou la méthode du « retour à l’un ». Dans ces deux méthodes, on travaille le Qi interne/Qi véritable.

La différence entre ces trois types de travail du Qi réside dans le fait que les première et deuxième étapes sont des exercices de respiration qui travaillent le souffle (le travail du Qi du ciel postérieur). En revanche, le troisième type de travail, celui de la circulation du Qi, agit sur le Qi du ciel antérieur, ce qui constitue un travail très différent.

On parle d’étapes car il est possible de progresser dans cet ordre. On commence donc par un travail sur la respiration, qui est un travail du Qi du ciel postérieur, puis, progressivement, on s’oriente vers le troisième type de travail, celui sur le Qi du ciel antérieur, ce qui correspond à la progression typique des méthodes taoïstes.

VI – Apprentissage de la méthode des Six Sons de Guérison (Liu Zi Jue) :  

1 – Présentation :

Cette méthode a une particularité par rapport aux autres méthodes thérapeutiques, que ce soit les 8 pièces de Brocart – Bā Duàn Jǐn (八段錦), le jeu des cinq animaux – Wǔ Qín Xì (五禽之戲), ou le Yì Jīn Jīng (易筋經). Elle se distingue par le fait que sa porte d’entrée est la respiration consciente, tandis que les autres méthodes s’axent d’abord sur les mouvements.

Pour rappel, dans le processus d’apprentissage du Qi Gong, on suit généralement un ordre. On commence par le travail du corps, l’apprentissage des mouvements, et la pratique corporelle. Ce n’est qu’ensuite qu’on travaille la respiration, qu’il s’agisse de la respiration naturelle ou, plus tard, de la respiration consciente, appelée Tu Nà. Puis, dans un troisième temps, on travaille l’intention (Yi, 意), qui peut être de la concentration avec une intention, ou une visualisation.

La particularité de la méthode des 6 sons est qu’elle commence dès le départ par un travail sur la respiration. Il est donc important, et recommandé d’avoir une bonne pratique corporelle, une base solide, avant de travailler cette méthode. Néanmoins, l’autre particularité de cette méthode est qu’elle est accessible, même pour un débutant.

Dans la méthode du Liu Zi Jue, on utilise des sons. Cela présente deux avantages : le premier est qu’il est plus facile de maîtriser la production d’un son, contrairement à la demande d’une respiration fine, longue et profonde, qui peut être difficile au début. De plus, il est compliqué pour un enseignant de savoir si l’élève réalise correctement la respiration, tandis qu’un son, on peut l’entendre. L’astuce supplémentaire est que la respiration travaille sans qu’on en prenne conscience, grâce à la production du son. En effet, par le travail du son, on force le corps à adopter une respiration précise, avec une position de la bouche spécifique, mais sans les inconvénients de la simple respiration contrôlée. En effet, pour de nombreux élèves, dès qu’on leur demande de respirer de manière précise, ils ont tendance à perdre la fluidité de leur respiration.

Tout d’abord, on cherche à identifier les points communs entre ces six sons. La gorge doit être ouverte et détendue, et l’on doit sentir que la zone située au niveau du larynx descend pendant que l’on prononce le son.

Cette approche ne se limite pas à la pratique des six sons ; elle s’applique également à d’autres méthodes utilisant le son, comme certaines pratiques de récitation dans le bouddhisme – Shu Zi Fa Sheng Gong (émission de son des Chiffres).

La première étape consiste donc à ressentir ces sons et à s’assurer que l’on est à l’aise pour les prononcer correctement. Certains seront plus faciles à émettre que d’autres, et inversement.

2 – Le son HA (qui ne fait pas partie des 6 sons) :

Parmi les différents enseignements que j’ai reçus, celle de Maître Zhang Ming Liang repose sur la recherche des similitudes entre le son HA et les six sons thérapeutiques du Qi Gong. Le son HA, étant le plus simple, et le premier que l’on émet à la naissance, et qui constitue la base du travail vocal. Une fois maîtrisé, il devient plus facile d’appliquer les mêmes principes aux autres sons.

Pour bien prononcer le son HA, il est recommandé de poser une main sur la gorge. Un son bien émis ne doit pas provoquer de tension excessive ni de mouvement important du larynx.

Le son doit être prononcé clairement. Au début, il peut être irrégulier, mais avec la pratique, il devient stable et fluide. L’objectif est de développer une conscience de sa voix : analyser sa puissance, sa régularité et son impact sur la respiration.

Une des particularités des sons est leur capacité à améliorer la respiration de manière inconsciente. En répétant l’exercice, on affine son contrôle respiratoire sans effort mental excessif.

Dans cette pratique, on inspire par le nez, et on expire par la bouche en prononçant le son HA. Il est conseillé de placer une main sur la poitrine et l’autre sur le ventre pour ressentir les mouvements internes.

  • Inspiration : La poitrine s’agrandit, le ventre rentre légèrement.
  • Expiration avec le son HA : La poitrine s’abaisse, le ventre se relâche et s’agrandit.

Cette respiration abdominale inversée n’est pas imposée artificiellement, mais émerge spontanément à travers la pratique du son.

Le Qi Gong ne cherche pas à imposer une respiration spécifique, mais à révéler des mécanismes naturels déjà présents dans notre corps. La respiration abdominale inversée, par exemple, est instinctivement utilisée dans la vie quotidienne :

  • Lors d’un effort physique intense : L’expiration s’accompagne d’un son spontané facilitant l’effort.
  • En cas de froid : L’inspiration est marquée par un resserrement de la poitrine, et un son sifflant, suivi d’une expiration relâchée.

Ainsi, cette respiration n’est pas une nouveauté, mais une redécouverte de processus physiologiques naturels.

La respiration constitue l’élément fondamental de cette méthode. Bien que la forme de la bouche, et le placement du corps varient selon chaque son, la respiration reste le point central.

L’apprentissage du son HA sert de base pour explorer les autres sons, qui auront chacun des effets spécifiques, mais partagent un fonctionnement commun.

Un des grands avantages de cette technique est sa flexibilité : elle peut être pratiquée dans différentes positions (debout, assis sur une chaise ou en tailleur).

En maîtrisant la respiration, et l’émission du son, on active un processus naturel de régulation énergétique et de bien-être, transformant la pratique en une véritable méthode thérapeutique accessible à tous.

3 – Les 6 sons :

On inspire toujours par le nez, et on expire par la bouche. La bouche est donc le seul canal par lequel passe le souffle. Cela signifie que la forme qu’adopte notre bouche a un effet direct sur le son, et sur le souffle.

C’est un peu comme pour les mouvements du corps : différentes positions du corps font circuler le Qi de manière différente. Il en va de même pour l’expiration. En modifiant la position de la bouche et de la langue, on influence la façon dont le souffle sort. Ces variations permettent d’agir sur le Qi. Ainsi, si l’expiration change, l’effet sur le Qi change également. Ce principe s’applique aussi à l’inspiration, mais dans la pratique des 6 sons, on ne travaille pas les différentes inspirations, uniquement les différentes expirations.

Les 6 sons se concentrent exclusivement sur l’expiration. Il existe aussi des méthodes de respiration dans les pratiques bouddhistes, notamment tibétaines, ou encore dans le yoga, où l’on bouche une narine pour inspirer. Il existe donc de nombreuses techniques ayant un impact sur la respiration.

En variant les expirations et les sons, et en adoptant différentes positions de la bouche et de la langue, on cherche à influencer le Qi. C’est à travers l’expiration, et le son, que l’on agit sur l’énergie interne du corps. C’est l’essence même de cette méthode, c’est le détail qui fait toute la différence.

L’élément clé dans cette pratique est la forme de la bouche, car c’est elle qui influence la manière dont le Qi, et le souffle s’échappent. Il ne faut surtout pas se concentrer sur le son produit, car celui-ci n’a pas d’importance en soi. Mais alors, pourquoi produire un son s’il n’est pas essentiel ? Parce qu’il permet de vérifier si notre expiration est bien régulière, de ressentir si le Qi descend correctement à l’intérieur du corps, et d’apporter des indications sur la justesse de la position de la bouche. Cependant, ces indications ne suffisent pas toujours à garantir que la position adoptée est parfaitement correcte.

a – Le son XU  嘘 du Foie :

Le son XU (chü) doit être prononcé au niveau des dents.

En médecine traditionnelle chinoise, deux termes distincts sont utilisés pour désigner les dents selon leur position. Les dents situées à l’arrière de la mâchoire, sur les deux côtés, sont appelées Ya (牙), tandis que celles situées à l’avant sont nommées Chi (齿). Lorsqu’on associe ces deux termes,(Yáchǐ 牙齿,), on désigne l’ensemble de la dentition.

Si le son est produit par les dents Ya (les molaires), cela signifie que l’expiration doit principalement passer par ces dernières. Pour cela, il faut adopter une technique spécifique afin de diriger l’air vers elles.

Voici comment procéder :

1. À l’expiration, étirez légèrement les commissures des lèvres vers l’arrière.

2. Laissez les molaires s’effleurer tout en maintenant un infime espace entre les dents du haut et celles du bas.

3. Assurez-vous également qu’il y ait un léger espace entre la langue et les molaires. Si la langue touche complètement les molaires, l’air ne pourra pas passer entre elles, et sera redirigé au-dessus de la langue, ce qui n’est pas l’effet recherché.

Lorsqu’on expire, l’air sort naturellement par la gorge, et passe au-dessus de la langue. C’est pourquoi la position des lèvres est essentielle : si elles restent en position normale, ou forment un arrondi, l’air circulera principalement au-

dessus de la langue. Or, pour le son XU, l’air doit être dirigé sur les côtés. En pressant légèrement les commissures des lèvres vers l’arrière, on empêche l’air

de trop passer au-dessus de la langue, le forçant ainsi à circuler entre les molaires, et le petit espace entre la langue et ces dernières.

Avant d’essayer de produire le son, il est recommandé de tester cette position en expirant silencieusement. Cela permet de vérifier si l’on ressent bien l’air passer entre les molaires supérieures et inférieures, ainsi que sur les côtés de la langue et des molaires.

Entre la position de la bouche, et le son lui-même, c’est bien la position de la bouche qui est primordiale. Il n’est donc pas nécessaire de s’inquiéter si l’on a du mal à prononcer le son XU parfaitement – les différences linguistiques influencent la prononciation, mais elles n’altèrent pas les bienfaits de la pratique.

Ainsi, lorsqu’on pratique les six sons, il n’est pas obligatoire de les prononcer à voix haute : on peut tout à fait les exécuter silencieusement, car ce qui compte avant tout, c’est la position de la bouche.

D’ailleurs, en MTC, le fait de produire un son ou non a des effets différents, et ces deux approches peuvent être utilisées selon les besoins spécifiques.

b – Le son HE 呵du coeur :

Le son HE est une technique d’expiration du Qi, tout comme les autres sons thérapeutiques. Il se prononce “re” et est considéré comme un son de la langue, contrairement au son XU, qui était un son des dents arrières.

Lorsque l’air sort naturellement de la gorge, il passe toujours au-dessus de la langue, quel que soit le son produit. Comparons-le au son HA : lorsque l’on prononce HA, la bouche est grande ouverte, et l’air passe au-dessus de la langue mais surtout au niveau du palais. C’est pourquoi HA n’est pas considéré comme un son de la langue.

À l’inverse, avec le son HE, l’objectif est que la majeure partie de l’air passe bien au-dessus de la langue. Pour limiter la dispersion de l’air vers le palais, on referme légèrement la bouche, et on rapproche les mâchoires. La langue adopte alors une position légèrement arrondie vers le haut, formant une sorte de petite « montagne », ce qui contraint l’air à circuler au-dessus d’elle. Concrètement, il s’agit de rentrer légèrement la langue, de la ramener vers l’intérieur pour qu’elle se courbe.

Pendant l’expiration, on bombe légèrement la langue, non pas en la poussant du bas vers le haut, mais en relevant légèrement son dos. Ensuite, on vient toucher avec les côtés de la langue les molaires supérieures, ce qui empêche l’air de passer par les côtés et le force à circuler par le centre, au-dessus de la langue.

Une façon plus intuitive de comprendre ce positionnement consiste à imiter le souffle que l’on produit lorsqu’on souffle sur ses mains en hiver pour les réchauffer. Une fois ce souffle maîtrisé, il suffit de reproduire le même son en fermant légèrement la bouche, et en rapprochant les mâchoires, sans l’ouvrir complètement. On peut ainsi considérer que le son HA est une version très ouverte du son HE, tandis que le son HE est une version plus fermée du son HA.

 c – Le son HU 呼 de la Rate :

Le son HU, toujours basé sur une méthode d’expiration, se prononce “rou”. Il s’agit d’un son de la gorge.

Bien sûr, pour tous les sons, l’air passe nécessairement par la gorge. Comparons-le aux autres sons :

  • Avec le son HA, la bouche est grande ouverte, et l’air s’échappe immédiatement. C’est d’ailleurs pour cette raison que ce son est souvent utilisé pour exprimer des émotions.
  • Avec le son XU, la bouche est légèrement refermée, l’ouverture est davantage resserrée au centre pour forcer l’air à passer par les côtés.
  • Avec le son HE, l’ouverture est plus large que pour XU, mais reste tout de même bien plus étroite que pour HA. L’air circule alors principalement au centre de la cavité buccale.

Dans le cas du son HU, la position de la langue doit faciliter ce passage central du souffle. Cela signifie que le dos de la langue ne doit pas être soulevé. À la place, on arrondit légèrement les côtés de la langue pour laisser l’air s’écouler librement au milieu. Les lèvres, quant à elles, forment un rond.

Parmi tous les sons, HU est probablement le plus simple, et intuitif à réaliser. La position des lèvres est similaire à celle adoptée lorsqu’on souffle pour éteindre une bougie. Tout le monde le fait instinctivement de la même manière, en avançant les lèvres pour concentrer l’air, et créer un courant puissant.

d – Le son SI 嘶des Poumons :

Le son SI se prononce “se”. Il s’agit d’un son produit par les dents de l’avant, appelées (Chi) en chinois.

Contrairement au son XU, qui est un son des dents arrières (Ya). On parle ainsi d’un son YA pour l’arrière, et d’un son CHI pour l’avant.

Pour réaliser ce son, il faut laisser un petit espace entre les incisives supérieures, et inférieures. Si l’on compare avec le son XU, où l’espace entre les dents est plus marqué, ici, les dents doivent être presque en contact, mais sans se fermer totalement.

La mâchoire est donc légèrement refermée, les incisives se frôlant pour ne laisser qu’un infime espace. La pointe de la langue vient doucement se poser sur les incisives inférieures, ce qui permet, à l’expiration, de laisser l’air passer à la fois par l’espace entre les dents supérieures et inférieures, ainsi que par les interstices naturels entre les dents.

On peut illustrer cette position avec une situation du quotidien : lorsqu’on est surpris ou que l’on a froid en extérieur, on produit spontanément un son similaire. Ce réflexe naturel entraîne une posture de bouche très proche de celle requise pour le son SI. La seule différence est que cette réaction instinctive se fait à l’inspiration, tandis que le son SI s’effectue à l’expiration.

e – Le son CHUI 吹 des Reins :  

Le son CHUI se prononce “tchoué”. Il s’agit d’un son des lèvres.

Chaque son présenté jusqu’à présent possède une particularité liée à la position des lèvres, de la bouche et de la langue. Le son CHUI présente deux caractéristiques essentielles :

1. L’air transite principalement par les lèvres, ce qui distingue CHUI des quatre sons précédents (XU, HE, HU et SI), qui correspondent respectivement au Foie, au Cœur, à la Rate et aux Poumons. Pour ces sons, une fois la position de la bouche adoptée, elle reste fixe durant toute l’expiration.

2. CHUI est un son en mouvement, contrairement aux autres. Pendant son émission, les lèvres changent de position.

Le son CHUI se réalise en deux temps :

  • Lors de la première phase (“tche”), les lèvres s’avancent vers l’avant.
  • Dans la seconde phase (“oué”), les lèvres, et la langue se rétractent légèrement vers l’arrière.

Position de la bouche et rôle des dents :

Contrairement au son XU, où les molaires restent légèrement séparées, dans le son CHUI, elles doivent être serrées. La tension se ressent alors à l’arrière de la bouche.

Au début du son, les lèvres, et la langue avancent, puis, lors de la seconde partie, elles se rétractent légèrement. Cette alternance crée une dynamique qui rend ce son plus complexe, car il implique plusieurs positions de la bouche, des lèvres et de la langue.

Lorsque l’on prononce la dernière partie du son, il doit y avoir une certaine force :

  • La mâchoire arrière est serrée.
  • Le son est produit avec intensité.

En MTC, les dents sont généralement reliées aux Reins, mais ce lien est particulièrement fort pour les molaires. Ce sont ces dents que l’on serre dans le son CHUI.

Comparons avec le son XU :

  • XU : Les dents ne se touchent pas, et l’air passe librement sur les côtés, ce qui correspond à l’énergie du Foie.
  • CHUI : L’air suit un chemin similaire, mais la mâchoire est fermée et l’expiration demande plus de force, ce qui le relie aux Reins.

L’intention, et la sensation sont donc différentes. Même si XU et CHUI présentent des similitudes, leurs effets sur les organes ne sont pas les mêmes.

L’air sort de la gorge, et suit un chemin plus complexe que dans les autres sons :

1. Lors de la première phase (“tche”), la pointe de la langue se soulève et bloque le passage de l’air, le forçant à passer sur les côtés.

2. Dans la deuxième phase (“oué”), la langue s’aplatit, sa pointe descend et se rétracte vers l’arrière, ce qui oblige l’air à circuler sous la langue avant de remonter pour sortir.

Cette modification du trajet de l’air reflète la complexité du son CHUI. Son mouvement, et sa transformation nécessitent une coordination précise entre les lèvres, les dents et la langue.

Cette complexité reflète également celle des Reins en MTC. Travailler sur le Qi des Reins est plus difficile que sur celui des Poumons, ou du Foie, d’où un parcours de l’air plus élaboré pour ce son.

Dans la pratique du Daoyin, l’ordre de travail des organes est conçu pour progressivement intégrer cette difficulté :

1. Foie

2. Poumons

3. Reins

Ce n’est qu’après avoir travaillé le Foie et les Poumons que l’on aborde les Reins, dont le Qi est plus subtil et plus profond.

f – Le son XI   嘻

Le son XI se prononce “chi”. Il s’agit d’un son des dents « ya », c’est-à-dire des dents situées à l’arrière. Nous avons déjà rencontré un son impliquant ces dents avec le son XU. Il existe donc un point commun entre les sons XI et XU : tous deux sont classés comme des sons « ya », utilisant les dents postérieures.

Différences entre le son XI et le son XU :

La principale différence entre ces deux sons réside dans la position de la langue et des dents :

  • Dans le son XI, lors de l’expiration, la pointe de la langue se pose sur les dents du bas à l’avant.
  • Les commissures des lèvres s’étirent légèrement vers l’arrière et vers le haut.
  • Les molaires se touchent, mais sans force excessive, elles sont simplement en contact.

À l’inverse, dans le son XU, il était nécessaire de laisser un espace entre les dents supérieures et inférieures à l’arrière, permettant au Qi de circuler librement.

Lors de l’expiration :

  • Dans le son XI, l’air passe entre la joue et les dents fermées.
  • Dans le son XU, l’air circule à la fois entre les joues et les dents, et entre les dents elles-mêmes, car celles-ci restent légèrement écartées, créant un passage plus large.

g – Synthèse :

Maintenant, comparons les six sons au son de base, le son HA. On observe que dans le son HA, il n’y a aucune exigence spécifique concernant la position des lèvres, de la bouche ou de la langue, ce qui permet de constater les différences avec les autres sons, où chaque fois, des exigences particulières sont à respecter.

Une autre différence réside dans la sensation de la respiration et du corps. Avec le son HA, il n’y a pas d’obstacle à la respiration, elle est fluide. On ressent facilement la descente de l’air, de la poitrine jusqu’au ventre. En revanche, dans les autres sons, si la position des lèvres, de la langue ou des dents n’est pas maîtrisée, cela gêne la respiration, entraînant une sensation d’inconfort ou de blocage, voire une oppression au niveau de la poitrine. C’est pourquoi il est préférable d’enseigner d’abord le son HA, puis de travailler sur les modifications apportées par chaque son. Il faut parvenir à retrouver la même sensation de fluidité que l’on a avec le son HA.

Pour bien maîtriser les six sons, il est nécessaire de mémoriser les impératifs spécifiques à chaque son, puis de les pratiquer régulièrement. Cela permet de réaliser si certains points n’ont pas été correctement exécutés.

VII – Les 6 sons -comment appliquer cette méthode :

Cette méthode est très particulière par rapport au travail sur le souffle et le Qi. Pour maître Zhang Ming Liang, de l’école Emei, la MTC est une médecine du Qi, et tous les arts martiaux, qu’ils soient internes ou externes, ainsi que le Qi Gong, sont des arts du Qi. Cela est d’ailleurs très représentatif, et on le voit dans les six sons.

Comment la méthode des 6 sons travaille-t-elle le Qi : principalement de 2 deux techniques.

La première, par les mouvements, ils sont très simples, mais ils ont un effet similaire à d’autres méthodes. L’ajout de mouvements permet de faire avancer le travail énergétique à l’intérieur du corps.

La deuxième technique utilisée est la respiration. Selon la théorie de la MTC, la respiration est régie par les Poumons. C’est une vision similaire à celle de la médecine occidentale, où ce sont les poumons qui gèrent la respiration. Mais la MTC va plus loin en considérant que la respiration est la force motrice de la circulation du sang, et du Qi dans le corps. Ainsi, en MTC, on considère que les poumons régissent à la fois la respiration, et ils contrôlent également la circulation du Qi et du sang.

Donc, si, comme nous l’avons vu, la respiration est la force motrice de la circulation énergétique du Qi, cela signifie que puisque les Poumons régissent la respiration, ils influencent également la circulation énergétique. Si l’on veut comprendre cela précisément, on peut dire que des pratiques comme le BA Duan Jin (enchaînement des 8 pièces de brocart) ou le Shen Zhan Gong de l’école Emei (qi qong de l’étirement et de l’ouverture) ne sont pas strictement du Qi Gong, mais ce sont des méthodes essentielles pour préparer le travail énergétique. Ces méthodes, en étirant le corps, et en le rendant plus souple, facilitent l’ouverture du corps, ce qui est crucial pour agrandir l’espace intérieur. C’est seulement si cet espace intérieur est plus grand que la circulation énergétique devient véritablement plus fluide.

Le travail des membres, du corps constituent donc une base essentielle pour la circulation du Qi. C’est pourquoi, dans les systèmes traditionnels de Qi Gong, il y a d’abord un travail de mouvement du corps (Daoyin), suivi d’une deuxième étape qui consiste à travailler la respiration pour raffiner le Qi.

Dans l’enseignement traditionnel : d’abord on commence le travail physique avec des mouvements du corps, puis, dans un second temps, on fait un travail de respiration.

Si l’on veut l’expliquer d’une manière plus théorique, on peut dire qu’au début on travaille principalement la souplesse du corps, qui est liée au Foie, en particulier les tendons et les muscles. Puis, dans la deuxième étape, on travaille la respiration, qui est liée aux Poumons, et qui a un effet direct sur la circulation énergétique.

Peut-être avez-vous déjà entendu les images utilisées en MTC pour symboliser les organes : le dragon pour le Foie, et le tigre pour les Poumons. Il y a une expression chinoise qui dit « dompter le dragon et dompter le tigre », signifiant que l’on commence par travailler le Foie (le dragon) avant de s’occuper des Poumons (le tigre). Cela vient du Taoïsme, et dans les temples taoïstes et bouddhistes, il n’est pas rare de voir un dragon à droite et un tigre à gauche de l’entrée, parfois dominés par un homme, armé d’une épée ou d’un poing. Ces statues, bien que souvent divinisées, représentent des concepts issus de la MTC.

Dans la pratique, le problème survient lorsqu’on pratique une méthode qui ne comprend que des mouvements, mais qui, dans sa progression, ne comporte pas de travail respiratoire. Dans ce cas, ce n’est pas vraiment du Qi Gong. C’est aussi vrai dans l’autre sens : si l’on ne fait que travailler la respiration sans impliquer le corps, la pratique est incomplète.

Le problème de commencer uniquement par la respiration, c’est que l’on peut avoir un effet interne, mais il est plus facile de commettre des erreurs.

L’objectif de la pratique des 6 sons n’est pas de produire un beau son, ou de faire entendre un son, mais de vérifier si notre son est régulier, c’est-à-dire s’il est constant. La deuxième chose à vérifier est de voir si l’on ressent que le Qi interne descend, ou si au contraire, on sent que le son est haché, qu’il y a des glaires qui gênent le son.

L’autre objectif est de travailler l’expiration à travers cet exercice du son, ce qui permet de vérifier, et de connaître également la longueur de nos expirations et inspirations. En effet, si l’on fait un son trop long, on finira par constater que le son ne sera plus le même, ou bien qu’on ne pourra plus produire de son, ce qui signifie que l’on a épuisé notre expiration.

Troisième point, il est possible de vérifier si l’on effectue correctement la respiration abdominale inversée. Comment vérifier cela ? Après avoir répété plusieurs fois le son, il faut se demander si l’on se sent fatigué ou si la tête tourne. Si c’est le cas, cela signifie que l’on a expulsé trop de Qi. Normalement, si la respiration abdominale inversée est effectuée correctement, le Qi véritable descend vers le Dantien, dans le corps, vers le ventre, ce qui permet d’accumuler de l’énergie, sans ressentir de fatigue – au contraire.

Une fois cette maîtrise acquise pour le son HA, il en va de même pour tous les autres sons. La base des 6 sons est alors maîtrisée.

Nous pouvons donc passer à un deuxième stade, plus avancé, qui concerne les différents sons, car chacun aura un effet spécifique.

La forme de la bouche aura un effet sur le son, et le souffle. C’est un peu comme pour les mouvements du corps, les différentes positions du corps font circuler le Qi de manière différente, en créant des parcours distincts. Il en est de même pour le Qi lors des expirations : le fait de changer la position de la bouche, des dents ou de la langue modifie la manière dont le souffle sort et, par conséquent, l’effet sur le Qi.

Ainsi, ces différents mouvements et positions de la bouche permettent de modifier l’impact sur le Qi.

VIII – Les effets thérapeutiques de chaque son :

1 -La fonction du son XU :

Le son XU permet d’évacuer tout ce qui est stagnant dans le corps. Pour mieux comprendre cette fonction, voici quelques exemples :

On pourrait penser que le son XU est exclusivement réservé aux maladies du Foie, mais ce n’est pas aussi simple. En réalité, il ne se limite pas à cet organe; il est efficace dans tous les cas de stagnation du Qi, quel que soit l’organe concerné.

Prenons l’exemple d’une sensation d’oppression thoracique, une expérience que beaucoup ont déjà vécue. En général, cette oppression peut être causée par deux facteurs principaux : soit un dysfonctionnement des Poumons, soit un problème au niveau du Cœur.

• Lorsque l’origine est pulmonaire, la stagnation du Qi des Poumons entraîne une sensation de pression, et parfois même des douleurs dans la poitrine.

• Dans d’autres cas, comme l’angine de poitrine, un manque d’afflux sanguin vers le Cœur peut également provoquer cette sensation d’oppression.

Dans ces situations, l’utilisation du son XU permet de disperser l’énergie stagnante, et d’atténuer ces symptômes. On remarque d’ailleurs que les personnes souffrant d’oppression thoracique adoptent souvent, de manière instinctive, une respiration qui ressemble au son XU, signe que ce son aide naturellement à relâcher cette tension interne.

Un autre cas fréquent concerne les problématiques émotionnelles. Lorsque l’on est en colère, que l’on ressent une profonde tristesse, ou que l’on traverse une période de dépression, une oppression dans la poitrine peut apparaître. En MTC, cela s’explique par le fait que le Qi du Foie, lorsqu’il s’élève sous l’effet de la colère, rencontre au niveau de la poitrine un Qi du Cœur stagnant, ce qui génère cette sensation de blocage.

Il est donc essentiel de ne pas réduire le son XU à une action exclusive sur le Foie. Son rôle principal est d’éliminer toute stagnation du Qi, quel que soit l’organe concerné.

Mais alors, pourquoi associe-t-on autant le son XU au Foie ? Simplement parce que, parmi les cinq organes principaux, c’est celui qui est le plus sujet à des stagnations du Qi. Toutefois, la vraie fonction de ce son reste de dissiper les blocages énergétiques.

2 – La fonction du son HE :

Le son HE aide à faire descendre le Qi.

Avant d’aller plus loin, il est important de préciser que ce son a en réalité deux variations :

Le son HE, avec la bouche légèrement fermée, et le son HA, où la bouche est plus ouverte.

Nous allons d’abord aborder le son HA, car ses effets sont plus facilement perceptibles. Le son HE, étant plus discret, est un peu plus difficile à ressentir.

Un exemple courant illustre bien l’action du son HA : en hiver, lorsque l’on a froid, on souffle sur ses mains pour les réchauffer en émettant naturellement ce son. Cette expiration avec le son HA est une réaction instinctive de l’être humain, indépendante de sa langue ou de sa culture. La sensation perçue est celle d’un air chaud qui sort du corps, qui aide à réchauffer les mains.

Mais qu’apporte réellement ce son à l’intérieur du corps ? Lorsqu’on le prononce, on ressent que de la chaleur s’échappe de l’intérieur vers l’extérieur. En termes de Qi Gong, on parlera d’une évacuation de la chaleur interne. Ainsi, le son HA sert principalement à éliminer l’excès de chaleur interne.

Pendant que cette chaleur s’évacue, une autre sensation apparaît : le Qi descend. En chinois, au lieu de dire “évacuer la chaleur”, on dit souvent “faire descendre le feu”, ce qui signifie ramener le Qi vers le bas. Un excès de chaleur est généralement dû à un Qi qui est monté trop haut, et c’est précisément pour cela que l’on expulse cette chaleur par l’expiration.

En réalité, lorsque l’on pratique ce son, deux actions se produisent simultanément :

1. Évacuation de la chaleur en excès à travers l’expiration.

2. Faire descendre le Qi – Il ne s’agit pas uniquement de disperser la chaleur, mais surtout de ramener le Qi à son équilibre.

L’objectif principal du son HE est donc de faire descendre le Qi pour calmer le Feu. Ce principe se retrouve dans certaines pratiques comme le Ba Duan Jin, où l’un des mouvements s’intitule : “Secouer la tête et remuer la queue afin de chasser la chaleur du Coeur”. Dans cet exercice, on mobilise la taille, les hanches, et la région lombaire pour favoriser la descente du Qi. La seule différence est que :

  • Dans le Ba Duan Jin, on utilise des mouvements physiques (Daoyin).
  • Dans la pratique des six sons, on utilise la respiration, et la vibration des sons, qui ont un effet plus direct sur la circulation du Qi.

Différence entre le son HE et le son HA

La différence entre les sons HE et HA réside dans leur intensité, c’est-à-dire la quantité de Qi ou de Feu que l’on veut évacuer.

Dans un ancien texte de Sun Si Miao, un célèbre médecin taoïste de la dynastie des Tang (581-682), il est expliqué que la respiration pouvait être : grande ou petite, fine ou puissante, selon l’objectif recherché.

Lorsque l’on prononce un son, l’évacuation du Qi se fait progressivement. En revanche, une expiration silencieuse permet une évacuation plus rapide et plus importante. C’est une preuve directe de l’effet du son sur le flux du Qi.

Pourquoi faire descendre le Qi ?

Si l’on cherche à faire descendre le Qi, c’est parce qu’il est trop monté. Parmi les cinq organes principaux, deux sont particulièrement sujets à cette montée excessive du Qi : le Cœur et le Foie. Beaucoup de praticiens en MTC considèrent que le Foie est l’organe qui monte le plus souvent, car son mouvement naturel est l’élévation du Qi. Cependant, le Cœur est également sujet à cette montée, car il est associé à l’élément Feu, dont la nature est de s’élever. De plus, le Cœur est situé dans la partie supérieure du corps, ce qui le rend encore plus susceptible à des déséquilibres liés à une montée excessive du Qi. C’est la raison pour laquelle de nombreuses pratiques de Qi Gong visent à faire descendre le Feu du Cœur.

En MTC, le Cœur est lié à l’Esprit (Shen), et à l’activité mentale. La pensée est en mouvement constant, même si le corps est immobile. Ce mouvement incessant de l’esprit est un autre exemple de la montée naturelle du Cœur et de son Feu.

C’est pour cette raison que, dans la plupart des méthodes de Qi Gong on enseigne à placer l’intention vers le bas, au niveau du Dantian inférieur. En dirigeant l’attention vers cette zone, on stabilise le Qi, et on calme l’Esprit. C’est exactement le rôle des sons HE et HA, qui permettent non seulement d’évacuer la chaleur, mais surtout de faire redescendre le Qi, et d’apaiser le Shen.

Pourquoi le son HE est-il souvent associé au Cœur ?

Bien que le son HE puisse être utilisé pour toute montée excessive du Qi, il est particulièrement associé au Cœur, car ce dernier est l’organe le plus sujet à ce déséquilibre.

Cependant, ce son peut également être utilisé lorsque le Qi du Foie ou des Poumons est en excès de montée. Si ces organes présentent un déséquilibre similaire, le son HE sera tout aussi efficace pour ramener leur Qi à un niveau équilibré.

Lorsque l’on atteint un certain niveau de pratique méditative, dans le bouddhisme ou le taoïsme, on décrit un état où l’on ressent une fraîcheur intérieure. Cet état signifie que :

  • La chaleur a été évacuée,
  • Le Qi est descendu,
  • L’esprit s’est apaisé.

Conclusion : Le son HE est avant tout un outil pour faire descendre le Qi, et calmer le Feu, particulièrement celui du Cœur. Toutefois, il peut être utilisé pour tout excès de montée du Qi, quel que soit l’organe concerné.

Ce processus de descente du Qi est essentiel dans la MTC et le Qi Gong, car il permet de stabiliser l’énergie vitale, d’évacuer l’excès de chaleur et d’apaiser l’Esprit.

3 – La fonction du son HU :

Sa caractéristique est d’évacuer la chaleur – mais ce n’est pas la même chaleur que celle du son HE. Dans le son HE, l’accent est mis sur la descente du Qi. En revanche, la chaleur évacuée par le son HU est différente : elle est générée par notre métabolisme, notamment la digestion, et résulte souvent d’un excès alimentaire provoquant de la fermentation. Il s’agit donc principalement d’une chaleur issue du système digestif.

Ainsi, dans les cas de chaleur digestive, on peut observer des symptômes tels qu’une mauvaise haleine, ou des selles à l’odeur désagréable. Par ailleurs, il existe une autre forme de chaleur, liée au Qi et au Shen (l’esprit), qui est associée aux soucis, et aux tensions émotionnelles. Cette dernière est travaillée avec le son HE. En revanche, la chaleur sur laquelle agit le son HU est plus physique, ancrée dans le Qi et le corps (Xing) – elle repose sur une base plus matérielle. Bien que ces deux types de chaleur soient liés, ils ont chacun leurs spécificités.

D’ailleurs, dans les textes anciens sur les six sons, il est indiqué que le son HE ne vise pas spécifiquement à évacuer la chaleur, mais plutôt à faire descendre le Qi. Le son HU, quant à lui, est associé à la Rate et au système digestif. À ce sujet, il n’y a pas de débat : tous les écrits sur les six sons s’accordent sur cette association entre le son HU et la Rate, donc avec la digestion.

En revanche, pour le son XU, certaines sources le rattachent au Foie, tandis que d’autres l’associent aux Poumons. Pour certains sons, des divergences existent. Cependant, si l’on comprend que la fonction du son XU ne se limite pas à un organe spécifique mais concerne l’évacuation de la stagnation du Qi, on réalise alors qu’il peut s’appliquer à plusieurs organes.

4 – La fonction du son SI :

Le son SI permet de résoudre une surconsommation de Qi, qui entraîne un manque de Qi. Ce phénomène n’est pas forcément lié à des maladies, mais plutôt à un état général de faiblesse : un système immunitaire affaibli, une constitution physique fragile.

Selon la médecine traditionnelle chinoise, cette faiblesse du corps est liée aux Reins. Cependant, il est difficile d’agir directement sur eux, ou d’entrer en résonance avec eux. C’est pourquoi, en général, on travaille sur les Poumons et la respiration, ce qui a un effet indirect sur les Reins, et donc sur le Qi Originel.

Dans le Qi Gong, cette approche est fondamentale : en travaillant sur les Poumons et la respiration, on agit sur les Reins. En effet, le terme Qi Gong signifie littéralement “pratique du souffle”, ce qui implique un travail sur la respiration. Les Poumons ont non seulement la fonction de gouverner la respiration, mais aussi celle de réguler tout le Qi du corps. C’est ainsi que le travail respiratoire peut influencer le Qi. En contrôlant la respiration – en inspirant plus ou moins lentement, et profondément, en suspendant ou en arrêtant momentanément le souffle, on cherche à renforcer le Qi. Un tel travail serait bien plus difficile à appliquer directement sur le Qi des Reins, qui correspond au Qi originel.

On peut donc dire que l’effet du son SI est de renforcer la capacité de circulation du Qi, voire d’augmenter la quantité de Qi en circulation dans le corps. D’ailleurs, si la circulation énergétique s’affaiblit, et manque de force, cela finit, avec le temps, par générer une stagnation du Qi, ce qui nous ramène au premier problème évoqué avec le premier son.

L’autre cas de figure est celui où la circulation fonctionne, mais où il n’y a pas suffisamment de Qi en mouvement.

Une des particularité du son SI est qu’il peut être pratiqué à l’inspiration dans l’école Emei, alors que dans le Qi Gong des 6 sons du Qi Gong de Santé, il se fait à l’expiration. Comment résoudre cette apparente contradiction ? En réalité, les deux sont possibles : on peut pratiquer le son SI à l’expiration comme à l’inspiration.

Selon la MTC, les Poumons ont une double fonction : d’une part, une fonction d’ouverture dans toutes les directions, et d’autre part, une fonction de rassemblement et de descente. On peut illustrer cela avec l’image d’un parapluie : pour assurer sa fonction de protection contre la pluie, il doit être grand ouvert. De même, les Poumons doivent pouvoir s’ouvrir pleinement pour exercer leur fonction. Toutefois, cette ouverture est indissociable de leur capacité à diriger l’énergie vers le bas. C’est pourquoi ils ont cette double dynamique : ouverture et descente.

  • Si l’on pratique le son SI à l’inspiration, cela renforce la capacité des Poumons à rassembler et à descendre l’énergie.
  • Si, en revanche, on le fait à l’expiration, cela renforce leur capacité d’ouverture.

Les deux pratiques sont donc possibles, et apportent des effets complémentaires. C’est une spécificité propre au son SI, car tous les autres sons se pratiquent exclusivement à l’expiration.

Un autre organe particulier est la Rate. En effet, elle est impliquée dans tous les mouvements du Qi : ouverture, descente, fermeture et montée. Cela la distingue des autres organes. Bien sûr, ces mouvements ne sont pas aussi amples, et marqués que ceux des Poumons, car la Rate fonctionne de manière plus subtile. On pourrait dire qu’elle possède en miniature les quatre mouvements des autres organes. La Rate joue également un rôle central dans l’organisme : elle est située entre le Cœur et les Reins, ainsi qu’entre les Poumons et le Foie. Pour renforcer sa fonction de recentrage et de rassemblement, un travail à l’inspiration est également nécessaire.

Parmi les cinq organes, existe-t-il d’autres organes nécessitant un travail de concentration et de rassemblement, et donc une pratique sur l’inspiration ? Oui, c’est le cas des Reins. Toutefois, dans la méthode des 6 sons, cet aspect n’est pas abordé en profondeur.

Les Reins sont un organe très particulier. Contrairement aux autres, ils ne connaissent pas d’excès : ils sont soit en équilibre, soit en déficit. Leur mouvement énergétique principal est la descente, suivie d’un phénomène de concentration.

Dans l’école Emei, ceux qui connaissent les mélodies des 5 organes remarqueront que les Reins sont les seuls à ne pas être accompagnés d’un chant mélodique. Pourquoi ? Parce que le chant génère une vibration qui favorise l’ouverture et la dispersion. Or, ce que l’on recherche pour les Reins, c’est l’inverse : on veut favoriser la descente et le rassemblement du Qi.

La caractéristique principale du Qi des Reins est donc la descente. Mais après cette descente, il existe aussi un léger mouvement de concentration et de recentrage.

Finalement, l’apprentissage des 6 sons et la compréhension de leur fonction permettent d’approfondir ses connaissances en MTC et d’améliorer sa compréhension des organes et de leurs interactions énergétiques.

5 – La fonction du son CHUI :

Dans les différents écrits sur le son CHUI, on trouve plusieurs interprétations. Certaines sources indiquent qu’il permet d’évacuer le vent, tandis que d’autres affirment qu’il chasse le froid.

En ce qui concerne le froid, le Traité de l’Empereur Jaune contient la phrase suivante : “Lorsqu’on ressent en permanence une sensation de froid, c’est que la fonction des Reins est affaiblie.”

Cette sensation ne correspond pas simplement au fait d’avoir froid, lorsqu’il fait froid dehors. Il s’agit plutôt d’un froid interne, ressenti même lorsque la température ambiante est normale. Ce phénomène est particulièrement fréquent chez les personnes âgées.

Selon la médecine traditionnelle chinoise, cette sensation de froid est liée à un manque de Qi, un vide de Qi. Lorsque le Qi est insuffisant, il ne parvient plus à réchauffer correctement le corps. Or, le Qi est toujours relié aux Reins : toute pathologie, ou tout symptôme lié à un vide de Qi, a donc un lien direct avec eux. Ainsi, si l’on renforce le Qi, on agit sur les Reins, ce qui permet de chasser cette sensation de froid. On peut donc dire que le son CHUI aide à renforcer la capacité du Qi, la fonction énergétique des Reins, et qu’il contribue ainsi à éliminer cette sensation de froid.

Le son CHUI joue également un rôle dans l’évacuation du vent interne, notamment en cas de mouvements incontrôlés du corps (tremblements, spasmes) ou d’incapacité à bouger (comme dans l’hémiplégie).

Pourquoi ce vent se manifeste-t-il dans le corps ? Parce qu’il y a un manque d’essence (Jing), autrement dit un déficit des liquides et d’eau, ce qui provoque une agitation excessive du Qi. Ce déséquilibre énergétique entraîne alors des mouvements incontrôlés.

Dans ces cas-là, la stratégie thérapeutique ne consiste pas à utiliser des méthodes agissant directement sur le vent, mais plutôt à tonifier le sang et à renforcer les liquides organiques.

En MTC, on dit que les Reins gouvernent à la fois le Qi originel, l’essence originelle, et l’eau dans le corps. Lorsqu’il y a un vide de sang, cela peut engendrer du vent interne. En effet, si le sang est insuffisant pour nourrir correctement les muscles, cela peut provoquer des tremblements. Ces mouvements involontaires, ainsi que d’autres troubles moteurs, sont toujours liés à une diminution de la capacité des Reins à gérer l’eau.

En travaillant avec le son CHUI, on peut contribuer à prévenir, ou à traiter ces troubles. Ce son, aide à renforcer la fonction des Reins, la gestion des liquides, ce qui permet d’éviter l’apparition de déséquilibres tels que le  vent interne. Par ailleurs, en améliorant la capacité des Reins à gérer le Qi, le travail sur ce son contribue à renforcer le Qi global du corps, et à réduire la sensation de froid.

6 – La fonction du son XI :

Le son XI contrairement aux cinq autres sons, qui sont directement reliés aux organes, celui-ci nous fait sortir du système des cinq organes.

Certaines écoles considèrent que le son XI agit sur le Triple Réchauffeur, tandis que d’autres affirment qu’il influence la Vésicule Biliaire. Mais peu importe cette distinction, l’essentiel est de comprendre que ce son ne travaille plus au niveau des organes physiques.

L’hypothèse du Triple Réchauffeur :

Le Triple Réchauffeur est un concept particulier en MTC : il est invisible, et n’a pas de base matérielle, ce qui le différencie des organes réels en termes de forme, de structure, de Qi et d’esprit (Shen).

Même s’il ne possède pas de structure tangible dans le corps, il joue un rôle essentiel en MTC. Sa fonction est étroitement liée au Qi : on dit qu’il régit la circulation du Qi et de l’eau dans tout le corps.

Le Triple Réchauffeur est souvent associé au cycle de l’eau dans la nature.

Dans la nature, c’est le soleil qui permet la transformation, et la circulation de l’eau. De la même manière, le Triple Réchauffeur joue un rôle fondamental mais invisible dans la gestion des fluides corporels. Son action est subtile, mais essentielle, et son dysfonctionnement se traduit souvent par un déséquilibre du Feu dans l’organisme.

Hypothèse de la Vésicule Biliaire :

En MTC, on distingue les organes (Zang) des entrailles (Fu):

  • Les organes (Zang) ont pour fonction principale de stocker, et sont donc liés à l’énergie et à l’essence vitale. Ils appartiennent davantage au domaine immatériel.
  • Les entrailles (Fu) en revanche, sont associées aux processus matériels, notamment la digestion et le transit des aliments.

La Vésicule Biliaire (VB) est une exception : bien qu’elle fasse partie des entrailles, elle ne contient, ni ne transforme directement de matière. Cependant, la bile qu’elle sécrète joue un rôle fondamental dans la digestion.

Dans certaines traditions taoïstes, la VB est si importante qu’elle est considérée comme un véritable organe énergétique, au point que l’on parle du système des six organes au lieu des cinq habituellement reconnus.

Dans cette perspective, la VB est parfois symbolisée par l’image du serpent et de la tortue. L’approche de maître Zhang Ming Liang (ZML) tend d’ailleurs à privilégier cette interprétation, associant le travail du son XI à la Vésicule Biliaire plutôt qu’au Triple Réchauffeur.

IX – Conclusion :

Le travail réalisé sur les 6 sons par tous ces maîtres chinois montre bien que cette méthode repose sur leurs expériences, leur connaissance de la médecine traditionnelle chinoise, et leur compréhension du corps humain. Il ne s’agit donc pas simplement d’une technique, mais d’une approche bien plus profonde.

En résumé, cette pratique se divise en trois parties principales :

  1. Les sons et la respiration : leurs caractéristiques, leurs spécificités et la base commune qu’ils partagent en matière de respiration et de vibration sonore.
  2. L’ancrage et la descente du Qi.
  3. L’ajout du mouvement corporel pour accompagner la pratique.

1. Les sons et la respiration :

La première caractéristique du travail sur les sons concerne la respiration : on inspire par le nez, et on expire par la bouche. Lors de l’inspiration, l’air extérieur pénètre par le nez jusqu’aux poumons, tandis que le Qi véritable, situé dans le Dantien inférieur, monte. Ces deux Qi se mélangent alors dans la poitrine.

À l’expiration par la bouche, le Qi vicié (usé) est expulsé, tandis que le Qi nourri par la respiration descend vers le Dantien. Ce processus d’inspiration, et d’expiration met le Qi en mouvement à l’intérieur du corps, activant ainsi le système énergétique. Ce principe est au cœur de la pratique des 6 sons. Tous les éléments additionnels, comme les mouvements, et les sons eux-mêmes, ne doivent pas perturber ce travail énergétique, mais au contraire le soutenir.

Pratiquer ces sons en position debout permet de ressentir comment cette posture favorise le travail énergétique interne sans le gêner. D’où l’importance d’une posture correcte : l’alignement du sommet de la tête (Baihui), du coccyx et de la zone de Mingmen, qui joue un rôle essentiel dans ce processus. Cette posture facilite la descente interne du Qi pendant l’expiration accompagnée d’un son.

2. L’ancrage et la descente du Qi :

Lorsque la pratique des 6 sons est bien exécutée, on ressent que la descente du Qi se fait correctement, contrairement à une position assise, ou à une posture trop tendue qui pourraient entraver ce processus. L’objectif principal dans cette pratique est de favoriser cette descente du Qi.

3. L’ajout du mouvement corporel :

La dernière phase de la pratique consiste à intégrer le mouvement du corps, principalement celui des bras. Chaque son est accompagné d’un mouvement simple des bras qui, bien qu’extérieur, facilite le travail interne. Ce principe est particulièrement mis en œuvre dans le premier mouvement d’ouverture, qui ne comporte ni respiration spécifique ni émission de son, mais qui est un geste simple, permettant de poser les bases du travail énergétique.

En somme, ces mouvements servent à guider le Qi en soutenant son flux interne à travers une action externe.

Ce travail va permettre de faciliter la circulation du Qi du Sang – cette pratique régulière permet une stimulation du Qi véritable. En mobilisant la respiration on mobilise le Qi véritable

Sources :

ENSEIGNEMENTS :

OUVRAGES :

CD :

  • Le Qi Gong pour la santé LIU ZI JUE

LIENS :

Mémoire rédigé par Lucie Cazzola – Promotion 2022

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