Dans le cadre de mon article de fin de formation en « Acupression et Qigong Tuina » (Ecole Kendreka), je souhaite m’interroger sur une pathologie « incomprise » en médecine occidentale ou sujette à de nombreuses interprétations différentes concernant la cause et les traitements afin de proposer d’autres clés de lecture via la médecine traditionnelle chinoise (MTC).
La présente étude a ainsi comme objectif de mieux comprendre le syndrome du canal carpien (SCC) et de proposer un accompagnement précis. Nous nous appuierons sur un cas concret afin d’étayer les propos. Le traitement proposé comportera des séances d’acupression, des manœuvres de Qigong Tuina et pourra également être complété par des conseils nutritionnels.
Dans la première partie, nous étudierons le SCC sous l’angle de la médecine occidentale. Nous verrons ensuite l’approche que nous pouvons avoir avec le point de vue de la médecine traditionnelle chinoise. Nous porterons un grand intérêt aux différents organes impliqués et quels points d’acupression peuvent être utilisés dans le traitement. Enfin, nous étudierons un cas précis en détaillant le bilan énergétique du patient, le déroulement des séances et les effets de celles-ci.
Il est important de préciser que l’étude n’oppose pas les deux approches. Au contraire, je souhaite élargir le champ des possibles et permettre une meilleure compréhension pour, in fine, proposer des solutions pour soulager les personnes atteintes de cette pathologie.
Le syndrome du canal carpien en médecine occidentale
Le nerf médian parcourt le bras en passant par la région du coude, de l’avant-bras et du poignet. Il se termine en pénétrant dans la main par le canal carpien. Ce nerf permet entre autres la flexion et la pronation de la main et des doigts.
Le canal carpien est un canal ostéo-fibreux situé au niveau du poignet, délimité par les os du poignet (carpe) et le ligament de la carpe qui relie ces os entre eux. Il contient :
- les 4 tendons du muscle fléchisseur profond des doigts
- les 4 tendons du muscle fléchisseur superficiel des doigts ;
- le tendon du muscle long fléchisseur du pouce
- le nerf médian.

Lorsque nous parlons du syndrome du canal carpien, il s’agit de la compression du nerf médian lors de la traversée de ce canal. La compression peut apparaitre pour plusieurs raisons : lorsque le contenu du canal augmente (par exemple quand la synoviale des tendons s’épaissit) ou si le canal lui-même rétrécit ou est comprimé (fracture du poignet, entorse, hématome…). Le premier élément anatomique à être touché par la diminution de l’influx nerveux est le nerf, déclenchant par la suite les symptômes décrits au paragraphe suivant.
Le SCC est très fréquent dans la population. On dénombre en France environ 200 000 nouveaux cas par an et près de 130 000 personnes par an sont opérées pour cette pathologie. Les femmes sont plus touchées que les hommes, notamment à partir de 40 ans.

Source : https://chirurgie-des-nerfs.com/pathologies/poignet/syndrome-canal-carpien
Le SCC compte parmi les troubles musculosquelettiques. Les personnes travaillant avec des charges lourdes et gestes répétitifs (conditionnement, emballage par exemple) sont plus exposés à cette pathologie.
De plus, on associe certaines maladies au SCC car elles modifient l’épaisseur des gaines (diabète, hypothyroïdie, insuffisance rénale chronique). Environ 14% des personnes atteintes de diabète sont touchées par le SCC. En outre, les symptômes du canal carpien se déclenchent souvent chez les femmes enceintes. Ils régressent après l’accouchement mais réapparaissent fréquemment lors d’une grossesse ultérieure.
Bien souvent, le SCC apparait sans qu’aucune cause précise ne puisse être identifiée.
Quels sont les symptômes du canal carpien ?
Les personnes souffrantes du canal carpien décrivent des fourmillements, douleurs et engourdissements au niveau des doigts. Généralement, les douleurs sont localisées au pouce, à l’index et au majeur et moins fréquemment à l’annulaire. Des gênes et douleurs sont également très fréquentes dans la paume de la main. Avec le temps, ces symptômes peuvent également irradier jusqu’au coude et à l’épaule. Les patients décrivent une perte progressive de la sensibilité au toucher et une sensation de peau épaisse. Une diminution de la force de la main et de préhension du pouce entraine souvent dans la vie quotidienne des lâchages d’objets involontaires. On constate notamment un trouble pour reconnaitre de petits objets les yeux fermés, lié à l’altération de la sensibilité. Le SCC entraine également sur long terme une baisse du volume musculaire à la base du pouce.
Un examen clinique avec plusieurs tests permet de diagnostiquer le SCC :
- le « dynamomètre de Jamar » est utilisé pour mesurer la perte de force musculaire
- le « test de Tinel » qui consiste à des percussions au niveau de la paume de la main sur le trajet du nerf médian. En cas de SCC, des paresthésies (troubles nerveux, fourmillements), décharges électriques ou douleurs se déclenchent.
- Si les symptômes apparaissent ou s’aggravent lors de la mise en flexion prolongée du poignet à 90°, on parle du « signe de Phalen ».
Pour diagnostiquer avec certitude le SCC il peut être nécessaire de faire des examens complémentaires. En effet, certaines pathologies peuvent entrainer des symptômes similaires au SCC comme les tendinites ou rhumatismes. Certains spécialistes préconisent ainsi une radiographie du poignet pour détecter un rétrécissement du canal d’origine osseuse post-traumatique (fracture ou grosse entorse) ou un électromyogramme (EMG). L’EMGmesure l’influx électrique transmis par le nerf médian et va permettre de confirmer le diagnostic, de localiser le niveau de la compression et de rechercher d’éventuelles lésions sur les autres nerfs du bras.
Chez la plupart des personnes, les symptômes, plus particulièrement les fourmillements et engourdissements, s’aggravent en deuxième partie de nuit et au matin. Ils s’atténuent lors de la mise en mouvement de la main après plusieurs minutes.
Quel traitement pour le SCC ?
Le traitement du SCC dépendra principalement de la gravité de la compression. Outre l’opération chirurgicale, il n’existe aujourd’hui aucun traitement permettant de soigner définitivement cette pathologie.
La prise en charge débute majoritairement par une prescription d’une attelle, notamment la nuit. Le port d’une attelle va permettre de garder le poignet dans une position neutre et d’éviter des mouvements qui compressent le nerf. L’application de glace sur le poignet et la main peut également atténuer les symptômes. Ces solutions n’entrainent pas la guérison mais soulagent les patients.
Réadapter les conditions de travail favorisera chez beaucoup une amélioration. Un poste de travail adapté à la morphologie de la personne limitera les positions et gestes douloureux pour le poignet.
Bien souvent, si les symptômes persistent, des injections de corticoïdes dans le canal carpien seront par la suite prescrits. Ces injections vont faire dégonfler le contenu du canal carpien en diminuant la synovite. Chez la plupart des cas, les symptômes réapparaissent tout de même après un certain temps. Notons qu’il n’est pas recommandé d’avoir recours aux infiltrations trop souvent et sur long terme.
En dernier recours, l’opération chirurgicale permettra de « débloquer » le canal carpien. La synoviale entourant les tendons peut être enlevée. Après l’opération, les gênes nocturnes disparaissent généralement dès la première nuit. La perte de sensibilité et de force s’améliore progressivement, le temps que le nerf se regénère (souvent plusieurs mois).
Les différents traitements permettent ainsi de soulager les patients sur court-moyen terme. La seule solution efficace sur long terme s’avère être l’opération chirurgicale. Dans la partie suivante, nous adopterons la théorie de la médecine traditionnelle chinoise afin d’étudier sous un autre angle le SCC.
Syndrome du canal carpien et médecine chinoise
La médecine traditionnelle chinoise (MTC) est une médecine empirique qui s’appuie sur une pensée analogique et des concepts multidisciplinaires. C’est une approche globale qui ne considère pas l’humain comme une entité séparée mais bien comme reliée à son environnement, à l’univers. Elle comprend plusieurs branches : la pharmacopée, qui repose sur l’utilisation des plantes et minéraux, la diététique et la connaissance des aliments et leurs saveurs, l’acupuncture & moxibustion, le massage et des pratiques physiques tel que le Qigong par exemple. La MTC va également prendre en compte le climat, les saisons, les cinq éléments, le cadre de vie et l’activité des personnes.
La MTC repose sur la théorie que le corps est composé d’un « réseau » de points reliés par des méridiens. Ces méridiens forment une grande chaine que le Qi traverse en 24 heures. Un blocage, un vide ou trop plein d’énergie vont provoquer des déséquilibres et, non traités, des pathologies. Le « Qi » désigne dans la tradition chinoise l’énergie qui circule dans les méridiens, et, plus globalement, l’ensemble des énergies et substances présentes dans la nature et l’être humain. C’est l’énergie vitale universelle que l’on retrouve dans toutes les manifestations de la nature.
La théorie du « Yin Yang » est fondamentale dans la pensée traditionnelle chinoise. A l’origine, l’Univers est « Un » qui a donné naissance au « Deux » : les énergies se sont différenciées avec les plus subtiles Yang montant vers le ciel et les plus matérielles Yin descendant pour créer la Terre. On retrouve les énergies Yin et Yang dans chaque chose, y compris l’être humain.
L’énergie Yin correspond à la face nord de la montagne, à l’eau, au lourd, au froid, à l’humide, l’obscurité. Le Yang à la face sud de la montagne, au feu, au léger, au chaud, sec. Dans le corps humain, le bas du corps, les tendons et os, le sang, l’hypothermie, l’inappétence sont par exemple de nature Yin. Le haut du corps, la peau et poils, l’hyperthermie et l’appétit sont Yang. Ces énergies évoluent à chaque instant et s’équilibrent mutuellement.
Notons que nous abordons le traitement du SCC par l’acupression. Cette pratique s’appuie sur la même théorie, entre autres pour le choix des points, que l’acupuncture. La seule différence se trouve dans l’utilisation des doigts pour travailler sur les points et non des aiguilles. La démarche exposée ci-dessous est tout à fait applicable pour une personne souhaitant utiliser l’acupuncture.
Dans l’approche de la MTC, il convient de chercher la cause (= « la racine ») de la pathologie. Quel(s) organe(s) et facteur(s) sont à l’origine des symptômes ?
Les énergies climatiques
Le climat joue un rôle important en MTC. En effet, les différents climats extérieurs se retrouvent également à l’intérieur du corps. Ces « énergies climatiques » vont devenir pathogène lorsqu’elles sont en excès ou inappropriées à la saison. On parle ici du vent, du froid, de l’humidité, de la sécheresse et de la chaleur. Ces cinq climats sont présents dans le corps simultanément et évoluent constamment. En résumé, s’il y a un excès :
- Le froid entraine des blocages et occlusions. La circulation du sang et de l’énergie est bloquée, stagne. Trop de froid provoque également des contractures musculaires, paresthésies et pourra générer des troubles digestifs et gynécologiques.
- L’humidité, de nature lourde et « collante », provoque des stagnations, entrave la circulation du Qi. Souvent, elle est synonyme de courbatures, douleurs rhumatismales, problèmes articulaires. Elle s’installe généralement dans le corps de façon lente et chronique.
- Le vent à l’intérieur du corps va provoquer des symptômes erratiques et brusques. Les personnes seront agitées avec des vertiges, éblouissements, spasmes ou mouvements incontrôlés.
- La sécheresse perturbe essentiellement le poumon et lèse les liquides organiques. Chez les personnes ayant trop de sècheresse interne, on pourra retrouver une toux sèche, de la constipation, des selles sèches, une peau sèche…
- La chaleur en excès se transforme généralement en « feu » avec des gonflements et abcès, ulcérations ou inflammations. La chaleur (ou feu) peut également perturber l’esprit, comme de l’anxiété, des insomnies ou troubles psychiatriques.
Nous verrons plus bas que dans le cadre du canal carpien le froid et l’humidité sont généralement les facteurs les plus importants à prendre en compte.
Les rôles, fonctions et interdépendances des organes en MTC diffèrent de celles reconnues dans la médecine occidentale. Nous allons à présent étudier en détails les organes selon la MTC afin d’identifier la racine possible, et plus particulièrement le foie, la rate, les reins, ainsi que les méridiens du triple réchauffeur et du maitre cœur.
Les organes & méridiens
La rate en MTC régit le transport et la transformation des aliments (liquides et solides) une fois qu’ils ont été « mûris » par l’estomac, et également de tous les liquides et de l’humidité dans le corps. La rate aime la sécheresse et, inversement, l’humidité la bloque.
Cet organe joue également un rôle essentiel dans la production du sang : ce dernier est constitué essentiellement par l’essence des aliments qui sont produits par la rate. Elle contrôle donc la première étape de la formation du sang. Ainsi, une bonne énergie de la rate permettra une bonne transformation de l’essence des aliments en sang. A contrario, un vide de sang peut s’expliquer par une rate affaiblit. La rate est aussi chargée de maintenir le sang en place, évitant les hémorragies. L’émotion en lien avec la rate est la rumination. Un excès de pensées et ruminations n’est pas favorable au bon fonctionnement de la rate. Les personnes ayant une rate déséquilibrée auront tendance à ruminer le passé, à avoir une pensée excessive.
La rate est couplée avec l’estomac. C’est un couple d’organe qui joue un rôle primordial dans la pensée de la médecine chinoise. En effet, ces deux organes sont à la base de la production de l’énergie. Ils transforment l’essence subtile des aliments et un couple rate/estomac affaiblit impliquera des problèmes du système digestif, et, plus globalement, de l’énergie du corps.
Un vide d’énergie de la rate entrainera une rétention d’humidité, des stagnations de Qi et de sang ainsi qu’une production d’énergie et de sang insuffisante pour nourrir les tendons et nerfs.
Le foie est l’organe qui régit le drainage, le stockage et la dispersion du sang. Il permet entre autres la diffusion de l’énergie et du sang. Le corps étant un maillon énergétique, si l’énergie du foie est bloquée, en stagnation, il en résulte des blocages dans tout le corps. Il en va de même pour les émotions. Le foie assure la circulation des émotions. Des émotions refoulées auront tendance à le fragiliser, bloquer son énergie, et par conséquent entrainer des stagnations dans d’autres parties du corps. Les émotions plus particulièrement en lien avec le foie sont la colère, l’irritabilité, les ressentiments, les changements d’humeur. Un foie faible pourra provoquer de la colère, et, vice versa, de la colère non exprimée léser le foie. En tant qu’organe « responsable » du mouvement, il participe au métabolisme et à la circulation des liquides organiques, notamment dans le triple réchauffeur (voir ci-dessous le paragraphe sur le triple réchauffeur). Enfin, le foie joue un rôle important dans la régularisation du volume sanguin (lors d’une activité physique par exemple) et une faiblesse de l’organe pourra entrainer des déséquilibres au niveau du sang.
En résumé, le foie est l’organe de l’expression, du mouvement, de la circulation. Tout tableau de déséquilibre du foie peut s’accompagner de stagnation d’énergie. Maître Zhu Dan-xi, médecin chinois reconnu, énonce : « lorsque le Qi et le sang coulent harmonieusement, les dix milles maladies ne surviennent pas. Dès lors qu’il y a blocage, toutes les maladies peuvent survenir »[1]. Cette phrase illustre parfaitement l’importance du foie en médecine traditionnelle chinoise.
Le rein régit le stockage de l’Essence Jing qui est la quintessence de toute chose : détermine la constitution de base de l’individu, ce qui fait de lui un être unique. Il contrôle la reproduction, la croissance, le développement et produit la moelle et contribue à la production du sang.
Le rein joue un grand rôle pour l’eau et les liquides du corps. Il vaporise les liquides organiques de façon à humidifier les autres organes et régule la séparation du pur et du trouble. Dans le cadre du SCC, on s’intéressera plus particulièrement à sa fonction de fournir à la rate l’énergie et la chaleur nécessaire à la transformation et circulation des liquides. S’il y a un vide de yang du rein, tous les organes, et notamment la rate, seront affaiblis. Le rein est la source du yin et du yang du corps.
Le maitre cœur à comme fonction de protéger le cœur des facteurs pathogènes. C’est un méridien avec une action sur le cœur et le centre de la poitrine qui circule au niveau de poignet, au centre du pli du poignet exactement au canal carpien. Dans la pathologie du canal carpien, le méridien du maitre cœur semble particulièrement touché, en particulier la zone tendino-musculaire. Notons que le méridien du cœur passe également par le coude, poignet et paume de la main et dans le traitement des points situés sur ce méridien pourront être utilisés.
Le triple réchauffeur est un méridien mais est également considéré en MTC comme un viscère avec des fonctions mais sans forme physique. Sa fonction principale est de faire circuler l’eau et les liquides organiques. Il divise le corps en trois parties : le foyer supérieur (Poumon, cœur), le foyer moyen (rate, estomac) et le foyer inférieur (intestin grêle, gros intestin, reins, vessie). Le triple réchauffeur va soutenir ces trois foyers dans la circulation des liquides et de l’énergie. Il est à prendre en considération dans le syndrome du canal carpien car son méridien énergétique passe par le bras, l’avant-bras et la région du poignet. Ce méridien se relie au méridien du maitre cœur cité ci-dessus.
Quelle est la racine du syndrome du canal carpien ?
Dans le cadre du SCC, on peut émettre l’hypothèse qu’il s’agit (attention, ne pas faire de généralité) d’une obstruction douloureuse bi, c’est-à-dire d’un blocage d’énergie et de sang dans les méridiens et articulations.
Plusieurs causes / racines sont possibles :
- Un traumatisme ou choc brutal provoquant un rétrécissement du canal carpien, fracture ou entorse du poignet. Des mouvements répétitifs et contraignants pour le poignet sur long terme peuvent également entrainer un blocage mécanique.
- Des facteurs pathogènes tels que le froid et l’humidité
- Une faiblesse de certains organes : rate, foie, reins.
Le traitement du SCC en acupression
Le traitement en acupression consistera à :
- Activer la circulation du Qi et du sang au niveau de l’avant-bras, du poignet et de la main.
- Chasser le froid et l’humidité
- Renforcer les fonctions de la rate, du foie et du rein.
Si la cause est un excès d’humidité, des pratiques de Qigong permettant de chasser l’humidité seront recommandées. D’un point de vue nutritionnel, les aliments de nature froide ou fraiche (tomates, aubergine, asperges, bette, céleri, concombre, laitue, blé, orge, sarrasin, citron, fraise, orange, poire, pomme…) sont à éviter car, consommés en excès, ils peuvent blesser l’énergie et le Yang et favoriser les stagnations.
Les points d’acupression :
- Points locaux pour activer la circulation au niveau du poignet et canal carpien :
- 6MC (Maitre Cœur) : sur la face antérieure de l’avant-bras, 2 cun[2] au-dessus du pli du poignet.
- 7MC : sur l’articulation du poignet, entre les tendons du long palmaire et du fléchisseur radial du carpe.
- 8MC : au centre de la paume de la main, entre les deuxième et troisième métacarpiens.
- 7C (Cœur) : sur l’articulation du poignet, dans le creux situé au bord de l’os pisiforme.
- 9P (Poumon) : sur l’articulation du poignet, dans la dépression entre l’artère radiale et le tendon du long abducteur du pouce.
- 6TR (Triple Réchauffeur) : sur la face postérieure de l’avant-bras, à 3 cun du pli du poignet.
- 5GI (Gros Intestin) : sur le côté radial du poignet dans la tabatière anatomique
- 5IG (Intestin Grêle) : sur le bord cubital du poignet, dans une dépression située entre la tête du cubitus et le pyramidal.
5GI et 5IG peuvent être travaillés simultanément.
- 11GI : à l’extrémité latérale du pli du coude.
Nous ne rentrerons pas dans les détails des actions des points cités ci-dessus car ils sont utilisés ici pour travailler localement et débloquer les stagnations au canal carpien.
- Points distaux principaux pour chasser le froid et l’humidité :
- 40E(Estomac) : à 8 cun de la proéminence de la malléole latérale, 2 cun en dehors de la crête antérieure du tibia.
Point essentiel pour chasser l’humidité située dans n’importe quelle partie du corps.
40E est également le point où le méridien de communication de l’estomac se relie avec le méridien de la rate et aura ainsi une forte action sur cet organe, renforçant les fonctions du couple rate/estomac.
- 36E : un travers de main de la rotule, 1 cun à l’extérieur de l’arête tibiale.
Point Terre du méridien, il harmonise l’estomac, fortifie la rate et élimine l’humidité.
- 9Rte (Rate) : sur la face interne de la jambe, dans un creux situé dans l’angle formé par le condyle interne et le bord postérieur du tibia.
Point eau du méridien de la rate, il permet d’éliminer l’humidité. Ouvre et stimule la voie des eaux.
- Points distaux principaux pour renforcer les fonctions de la rate, du foie et des reins :
- 6Rte : « réunion des trois yin ». Point de croisement des méridiens du foie, de la rate et du rein. Situé à un travers de main de la malléole interne contre le bord du tibia.
Il tonifie la rate et l’estomac et chasse l’humidité.
Harmonie le foie et renforce les reins.
- 3Rte : sur le bord interne du pied, dans la dépression située en arrière et en dessous de la tête du premier métatarsien.
Point terre du méridien de la rate, ce point a une puissante action de fortification et de régulation du Qi de la rate et de l’estomac.
Élimine l’humidité.
- 3F (Foie) : sur le dos du pied, dans le creux à la jonction des premier et second métatarsiens.
C’est le point le plus important du méridien. Il permet de traiter tous les troubles du foie.
Ce point peut être utilisé en travail croisé avec le point 4GI. Cette association est reconnue pour débloquer efficacement toutes stagnations.
- 18V : 1,5 cun en dehors du bord inférieur de l’apophyse épineuse de la neuvième vertèbre thoracique.
Point shu[3] du foie. Il a une action directe sur le foie et fait circuler son énergie.
- 20V : 1,5 cun en dehors du bord inférieur de l’apophyse épineuse de la onzième vertèbre thoracique.
Point shu de la rate, il tonifie le Qi et le yang de la rate et a une forte action pour éliminer l’humidité.
- 23V : 1,5 cun en dehors du bord inférieur de l’apophyse épineuse de la deuxième vertèbre lombaire.
Point shu du rein, il tonifie le Rein et fortifie le yang. Il nourrit également le yin du Rein et régule la voie des eaux.
- 3R (Rein) : dans la dépression située entre le sommet de la malléole médiale et le tendon d’achille.
Point ici utiliser pour nourrir le yin et tonifier le yang. C’est un point important pour tonifier le rein, réchauffer et soutenir les autres organes dans leurs fonctions.
- 12RM (Ren Mai, vaisseau conception) : sur la ligne médiane de l’abdomen, 4 cun au-dessus de l’ombilic.
Ce point régule le Qi, harmonise le réchauffeur moyen et tonifie la rate et l’estomac.
Il est important de préciser que cette liste n’est pas exhaustive et que le travail de ces points est une proposition et n’est en aucun cas une vérité absolue. Un point peut s’avérer efficace lors d’une séance et moins à la suivante. En outre, l’efficacité varie également d’un patient à l’autre. Lors d’une pratique fréquente de l’acupression sur une personne pour traiter une maladie chronique, il peut être judiciable d’alterner les points utilisés afin de ne pas provoquer une simulation excessive ou une lésion des points. Parfois un changement subtil dans le choix des points prescrits peut entrainer une amélioration sensible [1]. Il est ainsi important d’adapter les séances en fonction du patient et de nos ressentis lors de la séance. Des points non mentionnés ici pourront s’avérer très efficace pour traiter le SCC, libre à chaque praticien d’expérimenter d’autres points.
Etude de cas
La patiente est une femme de 30 ans, sans enfant, que nous appellerons PJ. Elle se plaint de douleurs, surtout la nuit, de la main jusqu’à l’épaule : fourmillements, décharges électriques et engourdissements des doigts. Les douleurs se déclarent aussi en journée lorsqu’elle se cogne ou lors de gestes répétitifs. PJ travaille en restauration, en cuisine, et est souvent amenée à couper ou éplucher des légumes en quantité. Les symptômes se déclenchent souvent lorsqu’elle fait de la plonge, les mains dans l’eau.
Elle vit en Bretagne, un environnement plutôt froid et très humide hormis en été. PJ travaille également régulièrement 3 mois d’hiver à la montagne où il y a beaucoup de neige et des températures négatives.
La personne présente également les symptômes du syndrome de Reynaud et a des varices aux mollets.
Lors du bilan, les points suivants ont été relevés :
- PJ déclare ne pas boire beaucoup. Chez elle, elle boit surtout du café et boissons chaudes : tableau de froid et d’humidité
- Elle a bon appétit mais avec une sensation de plénitude après les repas et de la somnolence : vide de Qi de la rate
- Aime bien manger sucré : peut traduire un vide d’énergie de la rate
- Les cycles des menstruations sont réguliers mais alternance entre saignements abondants et faibles : stagnation du Qi du foie
- PJ exprime ses émotions mais peut être assez facilement en colère ou irritable : blocage du foie
- L’observation de la langue montre essentiellement un excès d’humidité avec une langue enflée. L’enduit a une couleur normale tirant un peu sur le jaune : stagnation d’humidité. Les côtes et la pointe sont légèrement rouges, signe de feu/chaleur du foie et du cœur.
- Le teint du visage est plutôt pâle, voire légèrement jaunâtre : tableau de froid.
- Le fait d’avoir des symptômes qui s’aggravent après avoir fait la plonge peut traduire un excès d’humidité chez PJ.
- Les climats (froid, humide, neige…) où PJ vit ne sont pas forcément favorable pour les pathologies qu’elle présente.
Le syndrome de Reynaud et les varices soutiennent l’hypothèse de stagnations d’énergie et de sang, probablement ici en raison de froid et d’humidité.
- Chez PJ, un vide d’énergie de la rate et un blocage du Qi du foie entrainent un excès d’humidité et des stagnations d’énergie et de sang.
Nous avons fait 6 séances réparties sur 2 mois et demi.
Première séance : j’ai décidé de travailler uniquement sur les points locaux pour soulager en priorité les douleurs. De plus, c’était la première fois que PJ recevait un soin d’acupression et travailler localement à permis de la mettre en confiance et pour moi de voir comment elle réagissait.
- 6MC
- 7MC
- 11GI
- 5GI et 5IG
- 6TR
Lors de cette séance, PJ a senti de la chaleur dans les bras et mains ainsi que des picotements. Elle n’a pas eu de douleurs durant les 3 nuits suivantes. A partir du 4ième jour les douleurs sont réapparues et elle a été réveillée la nuit.
Deuxième séance : j’ai commencé par travailler les points locaux puis les points pour renforcer la rate et chasser le froid et l’humidité.
- 6MC
- 4TR
- 5IG/5GI
- 36E
- 6Rte
- 3R
- 23V
Il n’y a pas de douleurs la nuit suivante. En revanche, PJ a toujours les mains engourdies le matin au réveil.
Troisième séance : schéma identique de séance avec points locaux puis distaux.
- 11GI
- 7MC
- 6TR
- 12RM
- 9Rte
- 20V
- 23V
Les douleurs sont beaucoup plus supportables qu’avant et remontent moins haut dans le bras. PJ ne se réveille plus la nuit. Un inconfort persiste le matin au réveil et lors de gestes répétitifs au travail.
Quatrième séance : je m’étais jusqu’ici concentré sur les points locaux et sur la rate. A partir de cette séance, j’ai également choisi des points pour débloquer le foie. J’ai en outre décidé de travailler premièrement sur les organes puis sur les points locaux.
- 18V
- 3Foie / 4GI
- 40E
- 9Rte
- 6TR
- 6MC
Les jours suivants, PJ constate une nette amélioration. Elle souhaite également que l’on traite ses varices au mollet.
Cinquième séance : je continue à travailler sur le foie et à soutenir les fonctions de la rate et des reins. Pour les varices, j’ai opté pour des points agissants sur le sang.
- 3F / 4GI
- 20V
- 3R
- 8MC et 4TR
- Pour les varices : 10Rte, 17V, 40V
Concernant le canal carpien, les douleurs ont quasiment disparu. La gêne n’est plus comparable avec celle d’avant le début de nos séances.
Pas d’évolution concernant la varice pour le moment.
Sixième séance : nous travaillons à nouveau sur le canal carpien et la varice au mollet.
- 3F
- 12RM
- 6Rte
- 7MC
- 5GI / 5IG
- 4TR
- 10Rte
- 40V
- 3R
Les douleurs la nuit semblent avoir totalement disparu. En fin de journée PJ peut ressentir des fourmillements lorsqu’elle a passé beaucoup de temps les mains dans l’eau.
La douleur au mollet liée à la varice est maintenant quasi inexistante.
En matière de conseils nutritionnels, j’ai donné à PJ les recommandations suivantes : afin de ménager la rate et l’estomac, il est préférable de manger chaud plutôt que froid, des aliments cuits plutôt que crus. En effet, les aliments crus demanderont à la rate et aux reins beaucoup plus d’énergie que des aliments cuits. De plus, les aliments de nature neutre et de saveur douce sont à privilégier : la plupart des céréales (sauf le blé qui favorise l’humidité), les légumineuses, les viandes, les légumes racines comme les navets ou carottes. La roquette, le pissenlit, l’asperge, de saveur amère, aideront à éliminer l’humidité. En outre, le gingembre, de par son action de réchauffer, soutiendra la digestion et la circulation des liquides.
A limiter sont les produits laitiers et les aliments humidifiants tels que l’alcool, les produits sucrés et gras (pâtisseries, viennoiseries, glaces…). Les aliments acides sont également à éviter car l’astringence retient l’eau.
J’ai également recommandé à PJ de pratiquer le Qigong. En chinois, Qiqong signifie « travail de l’énergie » et vise trois objectifs : s’autotraiter en cas de déséquilibres, entretenir une bonne santé physique et psycho-émotionnelle et enfin développer ses capacités latentes. Une pratique régulière du Qigong permettra ainsi de débloquer les stagnations d’énergie, de sang et de fortifier les organes. Dans le cas du SCC, « Da Yan Chu Shi Gong » (« l’oie sauvage chasse l’humidité) aura pour effets de chasser l’humidité et de renforcer l’énergie de la rate et de l’estomac (cf. A.Ferrando, Qigong Tuina, page 88, Editions Chariot d’Or, 2018).
Les résultats obtenus sont très encourageants. En effet, quelques temps après nos 6 séances, PJ a très rarement des douleurs la nuit et elle retrouve de la mobilité au niveau du poignet. Nous avons pu également traiter sa varice car la racine semble être la même que le syndrome du canal carpien.
Remerciements
Je souhaite remercier Amaël Ferrando pour la qualité de ses enseignements. Ce fut un plaisir d’apprendre la médecine traditionnelle chinoise et le Qigong Tuina à ses côtés.
Remerciements également à PJ qui m’a permis d’effectuer ce travail sur le syndrome du canal carpien. Grâce à ses retours et sa confiance j’ai pu affiner ma compréhension de cette pathologie.
Sources
1] Peter DEADMAN & Mazin AL-KHAFAJI, Manuel d’Acupuncture, Satas, 2003.
2] https://chirurgie-des-nerfs.com/a-propos/pour-comprendre/anatomie/nerf-median/ [consulté le 28/01/2026]
3] https://chirurgie-des-nerfs.com/pathologies/poignet/syndrome-canal-carpien/ [consuté le 30/01/2026]
4] https://www.elsan.care/fr/pathologie-et-traitement/maladies-des-muscles/canal-carpien-definition-cause-traitement [consulté le 28/01/2026]
5] https://www.msdmanuals.com/fr/accueil/troubles-osseux-articulaires-et-musculaires/maladies-de-la-main/syndrome-du-canal-carpien [consulté le 28/01/2026]
6] https://www.dr-thong-chirurgie-de-la-main.com/soigner-le-syndrome-du-canal-carpien [consulté le 28/01/2026]
7] https://epitact.fr/douleur-main-poignet/syndrome-canal-carpien/diagnostiquer-syndrome-canal-carpien [consulté le 05/02/2026]
8] https://www.madreperla.net/post/le-concept-d-humidit%C3%A9-en-mtc [consulté le 15/02/26]
[1] Peter DEADMAN & Mazin AL-KHAFAJI, Manuel d’Acupuncture, Satas, page 478, 2003.
[2] 1 cun correspond à la largueur de l’articulation interphalangienne du pouce.
[3] Les points shu se situent sur le méridien de la vessie et traitent les troubles de leur organe associé.












